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mercredi 11 janvier 2017

Offrir l'impossible à ses enfants.

Ça fait treize ans que je suis maman. Treize ans seulement, ou déjà treize ans, ce n’est qu’une question de point de vue. Certains penseront que treize ans ce n’est pas grand-chose sur l’échelle d’une vie de maman, même pas vraiment suffisant pour se lancer dans une rétrospective. D’autres me diront que treize ans ça compte pas parce que c’était la partie facile, que l’adolescence, là, on touche vraiment au challenge d’être maman. Treize ans seulement et pourtant.
En treize ans j’ai déjà été tellement de mamans.
Comme tout le monde, je le souhaite, les années, les rencontres, les expériences, les galères, les victoires et les conflits m’ont fait évoluer. Comme tout le monde, je le souhaite, cette évolution ne s’arrêtera jamais. Parce que cesser d’évoluer, c’est se laisser mourir.
Je ne regarde donc pas d’un œil négatif la maman inexpérimentée qui vit le jour le 6 octobre 2003. Ma naïveté, mes coups de gueule, mes doutes et même mes victoires de l’époque que je ne referai sous aucun prétexte aujourd’hui, n’éveillent aucune honte, aucune déception. J’écrivais l’histoire de ma vie de mère avec mon histoire personnelle et énormément de bonne volonté. J’étais jeune, mais résolue à fonder une famille et accablée par la pression du regard des gens, qui à 19 ans, n’attendaient que de me voir échouer. Du moins, j’en était convaincue.
Ma fille devait donc être parfaite. Et d’une simple phrase, ce qu’il fallait démontrer est chose faite. La perfection (parce que j’avais la naïveté de la croire réelle) était ce à quoi j’aspirai pour l’avenir de ma fille. Et en ce sens, je ne m’en sortais pas trop mal. Souriante, polie, empathique, plutôt silencieuse et calme ; j’avais installé confortablement ma fille dans le moule de l’enfant socialement irréprochable. Et durant de nombreuses années, les compliments et les éloges me confortèrent dans ce modèle où je construisais à la place de ma fille le personnage qu’elle devait être aux yeux du monde au lieu de l’accompagner à devenir ce qu’elle souhaitait et pouvait être.
Et puis, la petite enfance est devenue mon métier et j’ai acquis des connaissances et de l’expérience. J’étais une maman mieux armée, désireuse de changer, avide d’épanouissement pour mon enfant. J’avais à cœur de tout analyser, de tout comprendre, de tout décortiquer. Et j’ai commencé à me poser pour la première fois la question de l’identité personnelle au milieu de la bienséance sociale. Comment, noyée sous la pression de ce qu’elle devait être, ma fille pouvait trouver qui elle désirait être ?
La question de l’épanouissement voyait enfin le jour. Mais bridée par des années de comportements dictés et récompensés, ma fille ne pouvait pas me suivre comme par déclic. Je dialoguais, j’écoutais, je creusais, mais aussi maladroite l’une que l’autre, nous n’arrivions pas à atteindre cette nouvelle aspiration.
J’ai donc renoncé. 
Durant quelques temps, l’image de l’enfant modèle était une vitrine idéale pour vendre la professionnelle que j’étais. Je me suis donnée toute entière à aider les autres enfants, à conseiller les autres parents et j’ai laissé ma fille faire son chemin en parallèle. Je ne suis pas fière de me souvenir de cette époque où je m’épuisais au travail tandis qu’elle allait malade à l’école. Mais je ne regrette rien. Car rien n’est bon ou mauvais. De cette époque où mon attention était portée à l’extérieur de ma maison, ma fille a profité de l’absence de pression. Auprès de son père, elle a consolidé les bases. Le rire, le jeu, la confiance, le travail. Mon absence leur a laissé la place d’essayer à leur manière. Et cette manière valait bien les miennes. Imparfaite mais bienveillante.
C’est à ce moment-là que je devenue mère pour la seconde fois. J’avais pour habitude de dire que la première avait vu le jour dans un conte de fée alors que la seconde avait été porté dans la réalité. Elle avait vécu de l’intérieur mon impuissance et ma peur. Mon incompréhension et mes doutes. J’ai dû construire avec cette deuxième naissance une nouvelle joie d’être maman. Et je l’ai laissé me montrer. J’ai avoué avec soulagement que je pouvais me tromper et je l’ai accompagnée dans ce qu’elle devenait au jour le jour. Voyant avec surprise, parfois agréable, parfois déstabilisante, les changements que cette nouvelle vie apportait à mon aînée. La liberté pour la plus jeune d’exprimer ses émotions, de verbaliser ses envies et son mécontentement a d’abord été bouleversante pour la première, mais a finalement réussi à lui montrer la voie, là où moi je n’y arrivais pas.
J’ai suivis le mouvement. Je suis devenue un des quatre acteurs du bonheur personnel de ma famille et j’ai fait le deuil de mon statut de chef d’orchestre. Bien sûr, les éloges sont devenus plus rares et je constatais parfois avec impuissance ma difficulté à éveiller ma plus jeune au monde qui l’entourait, mais je me sentais plus en accord avec moi-même. J’étais sur la bonne voie.
J’ai quitté mon travail, passé du temps auprès de mes enfants, redécouvert comme il était agréable d’avoir le temps de discuter, de rire, de jouer avec elles. J’ai découvert aussi à quel point c’était éreintant ! J’étais une maman fatiguée mais épanouie et je n’aspirais plus à rien si ce n’est à la vie dans le présent.

Et aujourd’hui ? Je me bats toujours pour que la plus jeune s’ouvre avec respect au monde qui l’entoure, et pour que la première s’ouvre davantage à son monde intérieur. Et puis je m’épuise à maintenir entre elles un dialogue courtois et empathique. Peut-être jusqu’au jour où je lâcherai prise, comprenant que je fais fausse route, qui sait ? Mais la volonté est toujours la même, l’envie de bien faire à changer de cible tout au long de ces treize années mais elle est toujours présente. Et aujourd’hui, je veux leur offrir ni plus ni moins que l’impossible.
Si j’ai appris une chose de mes filles, c’est leur potentiel. Cette capacité, dont je n’ai jamais su mesurer les limites d’apprendre, de grandir, de rêver, de s’adapter, de me surprendre… m’a forcé tout au long de ces années à repousser les miennes. Et j’ai pris conscience de ce que Marx Twain avait si bien compris lorsqu’il disait « ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. » à savoir que nos limites ne seront plus celles de nos enfants. Elles sont déjà obsolètes dans leur tête s’ils ont la chance d’être encouragés à penser par eux même. Alors, après avoir accepté que je ne devais plus ouvrir les portes à leur place, je prends soin à présent de n’en fermer aucune. Là où j’aurais, il y a quelques années à peine, répondu que c’était impossible, je leur laisse à présent le droit de voir plus loin que moi et de penser différemment de moi. Si c’est possible, nous n’avons encore pas trouver comment le faire. Mais peut-être est-ce toi un jour qui nous montrera.

Après tout, l’avenir ne nous appartient déjà plus. Il est le leur et ils le modèleront à leur façon. Peut-être le rendront-ils meilleur, si on leur permet de croire en eux.

mercredi 12 août 2015

maman part en vacances en solo

Cette année, pour la première fois depuis la naissance de mon premier enfant, je suis partie en vacances toute seule.
Oui, toute seule.
Sans mari, ni enfants.

La culpabilité une fois digérée, j'ai pu profiter de mes amis sans me demander si les pleurs que j'entendais étaient à mon intention, sans regarder ma montre pour ne pas oublier l'heure des repas, sans gérer les disputes et les bêtises. Et ça fait du bien.
Mais dans l'avion sur le retour la boule se forme à nouveau. Dix jours. Je les ai abandonnées pendant dix jours. Je suis un monstre d'égoïsme. Heureusement, j'ai des cadeaux dans la valise !
Retrouvailles avec le sourire, gros calins et bisous par centaines, me voilà rassurée, mes filles m'aiment encore !
Et puis sur le chemin jusqu'à la maison on se raconte nos vacances, ça jacasse dans la voiture, ça rigole, jusqu'au moment ou Gribouille me lance sur un ton neutre : "maman quand t'étais pas là, je t'ai oubliée. Je croyais que j'avais qu'un papa."
Gribouille 1, Maman... KO par mort subite.
Je ramasse mes dents tant bien que mal et je ne lâche pas mon sourire maternel malgré le nœud qui vient de se serrer entre ma glotte et mes cordes vocales.
Mais finalement, j'y repense durant les jours suivants et la blessure se referme. En fait, tout ça, c'est grâce à moi.
Si ma fille n'a pas pleuré tous les soirs en me réclamant, si elle ne s'est pas sentie abandonnée, si elle a réussi à jouer, à rire, à profiter c'est parce qu'elle se sentait en sécurité.
Elle a suffisamment confiance en elle pour tenir debout sans moi et suffisamment confiance en moi pour ne pas douter de mon retour.
Bon, elle était aussi bien entourée, mais le perfectionnisme paternel n'est pas le sujet de cet article...
Ces dix jours ont donc été bénéfiques à tout le monde. Aux bons souvenirs de chacun se rajoute les quelques jours de glue émotionnelle où il est impossible de croiser l'un se ses enfants sans recevoir un bisou, un câlin ni entendre un "je t'aime". Chose que l'on ne vit vraiment que si l'on se sépare un moment.

Alors les filles, on se déculpabilise ! Non on ne prive pas nos enfants de notre amour inconditionnel lorsqu'on prend du temps pour soit. C'est justement grâce à cet amour qui persiste malgré l'absence que nos enfants pourront un jour quitter le nid et à plus courte échéance que nous pourrons, nous, boire des mojitos sur la plage avec des amis l'esprit tranquille.



jeudi 30 juillet 2015

Point final.

Je viens de mettre un point final au second Tome de la saga Palum.
Oui, ça y est. C'est fait.
Contrairement à l'année dernière où la joie de finir un premier jet m'avait donné envie de danser, cette fois-ci, point de saut de biche.
Non pas que je sois tellement habituée que je m'en sois lassé. Je ne sais pas s'il existe des auteurs blasés capables de dire sans lâcher des yeux le programme télé "au fait, le manuscrit est prêt. Je l'ai mis à l'entrée. Il cale la porte en attendant que l'éditeur passe le chercher". Mais cette fois-ci, plutôt que de l'excitation, j'ai ressenti du soulagement.
Pas à l'idée d'en avoir enfin fini. Pas à l'idée de pouvoir enfin profiter de mes vacances.
Mais à l'idée d'avoir réussi à mener de nouveau un projet à terme.
C'est un bel exploit de sortir un livre et d'en vendre, même un seul, à une personne qui ne soit ni de votre famille, ni de votre entourage. Mais c'en est un autre, autrement plus difficile à mon sens, de réitérer l'expérience.
Et dans mon cas particulièrement !
L'envie m'a prise tard. Je suis une Madame tout le monde qui a décidé à trente ans de tenter un pari fou. Mais il ne suffit pas d'avoir le courage de se faufiler en douce pour entrer sur le terrain, il faut justifier de sa présence en tapant du ballon. Un tir réussi, c'est un bon souvenir. Un moment de gloire qui vous nourrit un instant et dont vous parlerez à vos petits enfants. Multiplier les tirs, c'est le seul moyen de gagner le maillot pour rester sur le terrain.
Pour l'instant, je n'ai marqué qu'un but. Mais j'ai deux ballons qui, comme des munitions, attendent devant la cage pour réitérer l'exploit.
J'ai beaucoup douté ces derniers mois et la page est souvent restée blanche.
Pourtant l'envie était là, mais pas toujours la confiance en moi. Alors je suis soulagée de pouvoir dire que je l'ai fait, encore une fois. J'ai fini d'écrire un manuscrit. J'ai entre les mains une histoire à retravailler et à corriger, mais une histoire à n'en pas douter. Et je vais en faire un livre parce que je ne veux pas sortir du terrain.



jeudi 9 juillet 2015

De l'altitude, des potes et du dépassement de soi.

Chichilianne dans le Vercors, samedi 4 juillet 15h. température approximative 100° Fahrenheit.

Je me retrouve là, un peu par hasard. Embarquée à la dernière minute par des amis pour me changer les idées, je retrouve des gens que j'apprécie, mais que je n'ai pas vus depuis (trop) longtemps, le paysage est magnifique, l'ambiance est festive, j'ai un équipement tout neuf et des pansements pour les ampoules... je suis prête.
On est trente six à tenter l’expérience, dont certains enfants, je me dis donc que c'est à la portée de tout le monde et que ça va le faire grave. Quand le chef de rang donne le top départ, j'ai le sourire et je l'ai gardé sur au moins... cent mètres.

Ok je me suis peut-être un peu emballée sur mes capacités physiques et, si l'amitié donne des ailes, celles-ci étaient sans doute déjà occupées avec d'autres amis dont le programme leur convenait mieux.
La chaleur est étouffante, ça cogne si vite contre mes tempes qu'il me semble que mon sang est en train de bouillir. Le groupe se sépare, chacun trouve son rythme de croisière et, moi, à la traîne, je rêve de croisière justement ou juste d'eau ; des pieds à la tête... avec des glaçons.
Lorsque je retrouve une partie du groupe qui profite d'un coin d'ombre pour faire une pause, la seule chose qui m'empêche de m'allonger, c'est la peur de rouler jusqu'au point de départ.
Je vois sur les visages rougis que je ne suis pas la seule à me demander quel genre d'homme peut vouloir subir ça et le faire subir à ses amis pour fêter ses quarante ans ! Je reprends mon souffle tant bien que mal, descends ma première bouteille et tente de garder un semblant de contenance... après tout, on a parcouru que le quart.


Très vite je me rends compte que ça ne va pas le faire. Pas de cette manière en tout cas. 
Je fais dix mètres, je m’arrête, je respire, je repars.
Dix mètres de plus, nouvelle pause, cette fois je lève les yeux... pu*** que c'est beau. 
Je suis toute seule, dans un paysage qui ne ressemble à rien de ce que je connais et, l'air de rien, j'avance. Finalement, la durée du trajet n'a plus d'importance. J'arriverai lorsque j'arriverai et il sera toujours temps de faire la fête. Je profite de ce moment où, bien qu'à bout, mon corps continue de m'obéir et d'avancer.
Je pense à tous ceux que je retrouverai là haut, à la soirée qui nous attend, à cette nuit hors normes et finalement je me rends compte que l'endroit où je croyais avoir rendu l'âme est bien loin derrière moi.
Bientôt je retrouve des silhouettes amicales qui me demandent si je vais bien... J'ai mal aux jambes, j'ai chaud et soif, mais oui je vais bien. 
Bor*** je vais même carrément bien !


"Viens voir, Solange. On se croirait sur Palum !"
Son enthousiasme regonfle le mien, je parcours les derniers mètres plus raides que les autres, j'évite de me casser la figure à plusieurs reprises et me voilà.



L'endroit est magnifique. L'air y est plus frais. Et un peu plus loin devant un refuge, un petit groupe brise déjà le silence de la montagne de rires et de vannes. Le temps de se féliciter les uns les autres, de se rafraîchir à la source et déjà les premières bouteilles sont de sortie. 

Et finalement, je me dis que c'était une idée géniale pour un quarantième anniversaire !

jeudi 25 juin 2015

Ma première rencontre !

Et bien voilà, c'est fait !
Hier soir, pour la première fois j'ai fait la rencontre de certains de mes lecteurs, mais aussi d'amoureux des livres et de l'écriture. Des gens curieux de savoir quelle recette j'utilise pour faire un livre.
Je dois bien avouer que j'étais très stressée. Plus je voyais la bibliothécaire apporter des chaises et plus je me sentais rapetisser !
Et puis tout le monde s'est installé, les sourires et les regards bienveillants ont fait leur travail. 
J'ai inspiré... et me suis lancé !
C'était hyper enrichissant et tellement motivant !
J'ai rencontré des lecteurs dont le retour m'a donné des super pouvoirs, des gens dont la curiosité m'a donné l'impression d'être pilote de formule 1 ou parachutiste et des jeunes dont l'imagination m'a confirmé que la relève est assurée.
Les deux heures sont passées à toute vitesse. Une petite séance de dédicace pour finir en beauté, une invitation pour une prochaine rencontre, des promesses de lectures, de soutien, de dessins et de petits mots ; et je suis rentrée à dos de nuage le sourire aux lèvres, impatiente de recommencer l’expérience !
Merci mille fois à la bibliothèque de Crémieu et à Sarah pour cet accueil.

Vous n'avez pas idée du bien que ça fait d'être considérée comme un auteur.



jeudi 21 mai 2015

Rencontre à la bibliothèque de Crémieu


Le 24 juin, à 18 h, je serai à la bibliothèque de Crémieu pour parler de mon premier livre Palum avec des adolescents (mais pas que !).

Je suis d'abord super contente de pouvoir rencontrer des lecteurs et discuter avec eux d'histoires, de fantasy et d'écriture.Mais je suis aussi super angoissée !

Et si la bibliothécaire annulait faute d'intéressés ? "Désolée, madame, mais personne n'a lu votre livre..." 
J'ai le trouillomètre dans le rouge écarlate...Et si j'étais trop timide, trop ennuyante, trop bavarde et que, du coup, je leur passais l'envie de lire la suite ?
Et s'ils n'avaient aucune question ?
Trouverai-je de quoi animer la conversation ?
Et s'il y en avait un (ou plein) qui étai(en)t venu(s) juste pour me dire qu'il(s) n'avai(en)t pas aimé ?Vous l'aurez compris, je m'angoisse un tantinet (un grossinet ? un paquinet ? un maxinet??) à l'idée de cette première rencontre...

Mais en même temps, j'ai super envie !Et si ça se passait bien ? Si cet échange était encourageant ? s'il m'apportait de nouvelles réflexions pour la suite ? J’adorerai devoir revoir mon plan suite à un échange riche avec des lecteurs ! et si je pouvais me voir dans le regard d'un seul lecteur comme un auteur ?

Finalement, ça fait une flopée de questions et toutes ont pour l'instant la même réponse:On verra bien le 24 juin à 18 h à la bibliothèque de Crémieu !

Alors si vous êtes dans le coin et un peu curieux, si vous avez lu Palum ou si vous avez envie d'en savoir plus, venez remplir la salle. Je serai toute stressée, mais souriante et promis, j'essaierai de ne pas être trop bavarde !

mercredi 6 mai 2015

Comme des enfants.

      "C'est le début, tu verras dans quelques années !" voila la remarque qu'on m'a faite récemment concernant mon couple. Papillonner, se dire des mots doux, passer du temps ensemble c'est bon quand on drague, ou les premières années, à la rigueur, histoire de repousser l'échéance.
Mais après quinze ans, avoir besoin d'un je t'aime pour trouver le sommeil, c'est un rien puéril.
C'est en tout cas ce qu'on me répète régulièrement. Avec le temps, on passe à autre chose, on s'aime différemment, on a moins besoin de l'autre.
Pas étonnant que certains se perdent en aventures extra-conjugales.
La passion, la tendresse, l'amour, pourquoi faudrait-il les laisser à d'autres ?
Pourquoi faut-il un jour devenir sérieux et passer à autre chose ?
Je suis fleur bleue. Je l'ignorais jusqu'à peu, parce que tout ça était si naturel et partagé que je n'y avais même jamais songé. Était-ce la bonne façon d'aimer ? Cette question a-t-elle seulement un sens ?
        On a aimé se faire rire, se chahuter, parler pendant des heures pour empêcher l'autre de dormir, s'appeler plusieurs fois par jour pour râler, parler, rigoler, se surprendre et se blottir l'un contre l'autre devant la télé ou dans le lit pour chasser les cauchemars ; comme des enfants.
On s'est protégés, encouragés, épaulés. On a fait la bouffe alors que c'était pas notre tour, parce que l'autre avait passé une sale journée. On a fait croire qu'on avait passé une sale journée pour ne pas faire à bouffer et parfois on s'est fait griller.
On s'est fait des cadeaux, des gros, ceux pour lesquels on économise ou qu'on paie en plusieurs fois ; et des petits, dont nous seuls connaissions la valeur.
On a ri devant des films dont jamais on ne se vantera des titres en public.
On a fait croire qu'on avait un enfant malade pour décliner des invitations à la dernière minute juste pour s'affaler dans le canapé, une glace à la main devant les deux derniers épisodes de la saison finale d'une série adorée.
Pourquoi devrions-nous arrêter ?
      Mon cœur est adolescent, avec un syndrome de Peter Pan. Ne lui demandez pas de grandir, il ne sait pas vieillir.
L'amour n'est pas réservé aux enfants, ni aux jeunes couples. Il n'a pas de date de péremption et personne ne s'en lasse. On se laisse seulement berner par l'acquis, on se concentre sur autre chose et, un jour, le naturel n'est plus et on ne sait plus comment le ramener.
Mais si je dois avoir une étiquette, je prends celle de fleur bleue. 
       Je veux des bagarres sous la couette, des mots doux en langage SMS, des bras qui me tiennent quand je pleure, mais quand je ris aussi. Je veux des je t'aime au petit déjeuner, des clins d’œil complices, des mains baladeuses et des fous rires.

Je veux que le conte dure après la fin du livre, pour les quinze ans à venir comme pour les quinze ans passés.